Nos créations / Liberté d'expression Pollution Ndjila na Ndijila - d'une route à l'autre Nos enfants nous font peur quand on les croise dans la rue Empreintes/Onposera les mots après Où vers?
Qui sommes nous? / Nous contacter / Vers l'accueil... Nos créations / Qui sommes nous? / Nous contacter / Vers l'accueil... DeLaVallet Bidiefono
26 septembre 2009 – Rosita Boisseau Une batterie et quatre danseurs évoquent la guerre au Congo L’énergie de Brazzaville (Congo), c'est ça. Le son d'une batterie qui crépite, bien sec, pendant que quatre danseurs sont secoués de spasmes. "Empreintes/On posera les mots après", spectacle du jeune et méconnu chorégraphe congolais DeLaVallet Bidiefono, a dépassé l'état de choc mais n'empêche pas les corps de trembler de la tête aux pieds. Sur le même sujet L'énergie de Brazzaville, c'est ça, un mélange de vitalité fonceuse transpercée par des accès nerveux. Les guerres civiles successives depuis le début des années 1990 d'un pays où n'existent ni musées, ni cinémas, ni librairies sont passées par là. Pas besoin de discours, les corps gueulent sans qu'on leur donne la parole. Ce spectacle est à l'affiche du festival Les Francophonies en Limousin, qui a commencé jeudi 24 septembre et se poursuit jusqu'au 3 octobre dans différents lieux de Limoges et des environs. "Empreintes/On posera les mots après" se donne à la Mégisserie, un théâtre tout neuf, puisqu'il a ouvert en 2005 dans la ville de Saint-Junien, un peu plus de 10 000 habitants, à une trentaine de kilomètres de Limoges. La compagnie est en résidence à Saint-Junien depuis début septembre. Sur le plateau, la rage presque rock du batteur (Morgan Banguissa) et d'un slammeur-rappeur, par ailleurs excellent danseur (Malone Bayimissa) tétanise les trois autres interprètes, dont une femme. Cambrures nettes, coups de tête, chutes au sol. Sans jamais raconter la guerre de façon littérale, chaque tableau, chaque posture, en offre une vision décalée, comme une image fantôme planant au-dessus du plateau. Bâtons plantés dans le sol L'âpreté et la rudesse des danseurs trouvent un contrepoint, mais aussi un garde-fou, dans la façon dont DeLaVallet Bidiefono dessine l'espace. Des bâtons blancs plantés dans des socles en bois sont les seuls accessoires et décors de la pièce. Ils permettent aux interprètes de marquer leur territoire. Une diagonale pour sortir du danger, une haie pour se protéger, un cercle pour rouler autour. Ils cernent aussi - un peu trop peut-être - leur gestuelle explosive et butée, l'encadrent pour ne pas déflagrer comme si le savoir-faire les protégeait d'eux-mêmes. Musicien et chanteur - il a co-écrit les paroles des textes dits par Malone Bayimissa -, DeLaVallet Bidiefono a décidé de devenir danseur, en 1998, après la guerre civile. Réponse de survie à un pays dévasté. Après de multiples stages au Centre culturel français de Brazzaville, il fonde sa compagnie en 2005. Il l'a baptisée Baninga ("les amis" en lingala). Lorsqu'ils dansent ensemble, les interprètes de "Empreintes/On posera les mots après" se branchent sur la même prise et trouvent une fluidité musclée. Loin des tremblements et des hoquets.
28 septembre 2009 – Muriel Steinmetz Congo, douleur dansée Le chorégraphe congolais DeLaVallet Bidiefono a présenté Empreintes. On posera les mots après à la Mégisserie de Saint-Junien. On dirait que les interprètes, trois hommes et une femme (Bobie Mfoumou, Ella Ganga, Malone Bayimissa, DeLaVallet Bidiefono) dansent au bord du gouffre, dans un territoire en proie à la guerre civile. Les corps sont secoués de soubresauts paniques. Ils se projettent sur le sol dans les déflagrations d’une guitare rock (Morgan Banguissa) ou se mettent au garde-à-vous, un bâton à la main. De la pièce émane une espèce de rage sombre qui en fait tout le prix.
30 mars 2010 - Roxy R. Theobald Un pari réussi à la Maison des Arts de Créteil LE FESTIVAL INTERNATIONAL " EXIT ", ORGANISÉ DU 18 AU 28 MARS À LA MAISON DES ARTS DE CRÉTEIL, A PERMIS UNE FOIS ENCORE DE DÉCOUVRIR UNE PALETTE ESTHÉTIQUE DE DANSES ET DE CRÉATIONS PERCUTANTES. PARMI ELLES, LA PIÈCE " EMPREINTES… ON POSERA LES MOTS APRÈS " DE LA COMPAGNIE CONGOLAISE BANINGA. Le titre en soit pose clairement l'état d'esprit du chorégraphe Delavallet Bidiefono : déterminé et pragmatique qui s'affirme résolument ici en homme d'actions, " on posera les mots après ! ". Né à Pointe Noire (Congo), au début des années 80, il est aujourd'hui l'une des figures montantes de la danse contemporaine Africaine. C'est en 2005 qu'il crée la Cie Baninga pour laquelle il signe sa première pièce " Liberté d'expression ", en juillet de la même année suivie par " Pollution " (octobre 2006) et " Nidjila na nidjila- d'une route à l'autre " (septembre 2007).Lors d'un stage au CDC (Centre de formation pour la danse) de la Termitière à Ouagadougou, il rencontre le chorégraphe Salia Sanou qui collabora à ces deux dernières pièces et dont on peut reconnaître quelque fois la " touche ". Delavallet Bidiefono fait partie de ces artistes résistants et visionnaires qui, l'esprit vif et combatif, s'attellent à abattre les murs de silence qui sclérosent l'art et les consciences dans son pays. Alors il se bat, danse, manifeste et avance. Convaincu, il poursuit sa route artistique féline, endiablée et minutieusement cadencée. Accompagné sur scène de quatre fervents acolytes (Dimitri Babakila, Malone Bayimissa, Ella Ganga et le musicien Morgan Banguissa), il s'aventure et danse à la recherche de traces précieuses… Serait-il un peu question d'identité ? Quoi qu'il en soit, c'est un chemin scénique non pas parsemé d'embûches mais de sept mystiques piliers de bambou qui orchestre ce saisissant voyage chorégraphique… Sur les traces des anciens ? Sur les traces d'un nouveau chemin… ? Le contexte quasi subliminal en tout cas, happe poétiquement le spectateur vers des temps inconnus. Empreintes s'inscrit dans un Brazzaville nocturne et tumultueux. La dynamique des mouvements, la véracité des mimiques et le strident de certaines onomatopées aux accents hip-hop témoignent d'ailleurs de l'urgence sociale dans laquelle la jeunesse congolaise se trouve prisonnière. Car ici tous les éléments scéniques dialoguent entre eux. Regards, gestes, voix, instruments (batterie, basse), décors (chaise, piliers), s'ajustent et se répondent dans une alchimie presque mathématique. Les danseurs font preuve d'une extraordinaire écoute non seulement entre eux mais également vis-à-vis du musicien qui n'hésite pas aussi à orienter leurs mouvements par un travail vocal et instrumental finement mené. La danse est alors épurée tout en gardant une fulgurante spontanéité. On y retrouve tous les fondements de la danse contemporaine : répétitions et insistances des gestes, onomatopées, chuchotements, chutes soudaines mais jamais l'abstraction ne s'avère gratuite. Le travail chorégraphique maintient un ensemble cohérent singulièrement fluide et très ancré dans le sol laissant d'ailleurs jaillir de beaux moments de danse notamment lorsque les piliers en bambou se font partenaires des danseurs ! Saluons tout particulièrement l'interprétation d'Ella Ganga, seule femme venant tempérer la masculinité de cette belle tribu artistique. Incontestablement, ces 55 minutes de représentation auront tenu en haleine un public conquis. Car la fusion esthétique que propose cette pièce contemporaine laisse découvrir une danse africaine d'une prometteuse théâtralité.
Presse
Compagnie Baninga
25 septembre 2009 – Propos recueillis par Jacques Morlaud DeLaVallet, un chorégraphe tourné vers l'avenir Hier, la 26ème édition du Festival des Francophonies en Limousin a déjà, par ses propositions éclectiques, attiré un public dense. Plusieurs spectacles, avant même l'ouverture de la manifestation affichaient « complet ». Avant de revenir sur les premières représentations, faisons mieux connaissance avec une compagnie de danse africaine. La Compagnie Baninga / DeLaVallet Bidiefono (Congo-Brazzaville), actuellement en résidence à La Mégisserie à Saint-Junien, présente « Empreintes», non sans rappeler les traces du passé, de ses racines, de sa culture. Rencontre avec le chorégraphe, DeLaVallet. L'Écho : Quel est l'argument d'« Empreintes » ? DeLaVallet Bidiefono : C'est un questionnement que je me pose au regard de la danse : la difficulté que je croise au quotidien dans mon pays. Nous sommes dans un territoire sans infrastructures culturelles. Je me dis qu'il est compliqué de vivre là où rien ne fonctionne. Dans un tel contexte, il y a l'envie de poser une empreinte, une trace de vie; le désir de créer, d'avancer, même sans rien. A Brazzaville on voit l'engouement de jeunes comédiens plasticiens, danseurs qui ont envie de laisser une empreinte. Il y a urgence à faire plutôt qu'à dire. « Empreintes » s'est élaborée d'après mon expérience personnelle. En même temps, c'est un message de paix et d'amour. C'est toutes les difficultés que j'ai pu rencontrer dans la vie, seul d'abord, puis avec mes amis, puis avec le continent africain... Dans mon pays, les politiques appellent cela une révolution. Comment est perçu la danse contemporaine au Congo-Brazzaville ? D.B. : Je fais partie des pionniers qui ont porté la danse contemporaine au Congo-Brazzaville. Il est nécessaire d'aller vers la création. C'est mieux que de faire de la reproduction. Pour se faire entendre des politiques, je dois dire des choses. Pour moi, la voie c'est la danse contemporaine. Dans mon pays, cette dernière est une arme. Les politiques nous craignent car nous avons la facilité d'aller à l'étranger et nous parlons de la réalité du pays. Pour obtenir des subventions, je suis obligé de demander aux Français... En revanche, dans mon pays, rien ne se passe. Quand vous allez voir les autorités, ils vous renvoient chez les Français. Selon eux, « la danse contemporaine est une nouvelle colonisation; c'est la danse des Blancs, c'est le Centre culturel français ». Je me bats quotidiennement avec mes danseurs pour faire changer les choses dans mon pays. Quelles sont les caractéristiques de votre écriture chorégraphique ? D.B. : Je travaille plus en improvisation. Je suis africain. Je n'aime pas la reproduction de ce qui a déjà été fait. J'aime bien une gestuelle improvisée (puisée dans mon quotidien). C'est une écriture qui m'est propre. Chaque représentation est différente l'une de l'autre.
du 1er au 7 mai 2010 – Rosita Boisseau Empreintes/On posera les mots après Le 27 avril 2010 à 13h15 Chorégraphie et musique : DeLaVallet Bidiefono, avec la collaboration de Salia Sanou. Réalisation : Denis Caïozzi (France, 2009). 60 mn. Inédit. La batterie sèche de Morgan Banguissa, renforcée par les halètements du danseur-slammeur Malone Bayimissa, fait crépiter les corps des danseurs. Sur le thème hélas banal mais risqué de la guerre, ce spectacle pour quatre inter¬prètes du chorégraphe con¬golais DeLaVallet Bidiefono ¬dégage une écriture ¬féroce d'une belle invention. Encadrés par des bâtons blancs qui leur servent à tout, les corps s'explosent en solitaire pour se recomposer parfois dans des tableaux d'ensemble. Cette communauté éphémère se veut une réponse optimiste au contexte d'un pays où les guerres civiles se succèdent depuis le début des années 90. DeLaVallet Bidiefono est devenu danseur, en 1998, après la guerre civile. Il a fondé la compagnie Baninga (« les amis » en lingala) en 2005. Musicien et chanteur, il a coécrit les textes du spectacle avec Malone Bayimissa. Le réalisateur pose la caméra parmi les danseurs, tout en donnant une vision large de la danse. Cette plongée dans l'énergie intime des interprètes, en soulignant les lignes de force de l'espace, renforce l'impact de la chorégraphie. Créé en septembre 2009, au festival Les Francophonies en Limousin, Empreintes/On posera les mots après marque la naissance d'un jeune chorégraphe à suivre.
du 13 au 19 octobre 2009 – Fabienne Arvers Une hybridation entre musique et danse gonflée d'énergie, où la jeunesse africaine clame son existence. Un titre qui claque comme une évidence et clame l'urgence. Né au Congo, au début des années 80, et installé avec sa compagnie à Brazzaville, DeLaVallet Bidiefono dit avoir entendu les mots « art contemporain » pour la première fois à l'âge de 15 ans. Empreintes – On posera les mots après prend comme point de départ l'état d'un pays sortant de plusieurs années de guerre civile et privé de musées, de cinémas et de théâtres, tous abandonnés et remplacés par les églises de réveil, ces « sortes de sectes religieuses qui prolifèrent en Afrique centrale ». C'est à Tunis, en 2007, que l'on a découvert DeLaVallet Bidiefono aux Rencontres chorégraphiques d'Afrique et de l'Océan Indien, avec le hiératique et envoûtant Ndjila na Ndjila, d'une route à l'autre, qui remporta le deuxième prix. Empreintes, sa nouvelle création, déborde d'énergie et se propage, de lignes claires en déflagrations gestuelles, au sein d'une composition musicale et chorégraphique réunissant un musicien, batteur et guitariste, et quatre danseurs, dont l'un chante et danse, coiffé d'une réjouissante perruque afro à la Mickael Jackson première époque... L'hybridation fluide qui s'opère en continu entre musique, enregistrée ou jouée live, et danse, où tradition et modernité puisent à la même énergie, pose en des termes esthétiquement forts une posture éminemment contemporaine. Dans Poétique de la danse contemporaine, Laurence Louppe le rappelle : « Pour la danse contemporaine, le corps pense et produit du sens. (…) Le corps, la réflexion, la poétique s'emportent mutuellement dans le même voyage. » Nuques et têtes tournoyantes, vacillantes et tremblantes, sont le leitmotiv gestuel de ces empreintes données à voir et conjuguées – ou conjurées – au présent, dans des fulgurances parfois proches du spasme ou de la lutte, slalomant entre des enfermements dont seuls varient la disposition, le contexte, l'époque... Empreintes, ou l'enjeu (réussi) de « redonner une parole à cette jeunesse de la galère qui s'est faite, pour ainsi dire, contre et malgré tout. (…) Une urgence toute vitale à redonner du sens. »